Un psychologue à Bergerac ?

Le début du cheminement

La vie de l’être humain, à tous les niveaux, passe par des besoins. Ils marquent radicalement la dépendance de l’homme, sa finitude et ses limites.

Les besoins de l’être humain sont divers (cf. Maslow), par exemple :
- besoin de survivre : toit, nourriture ;
- besoin de se situer : sécurité (matérielle, psychologique, économique) ;
- besoin de communiquer : être inséré et écouté ;
- besoin de se réaliser : être utile, reconnu et aimé ; vivre sa différence ;
- besoin d’être : être libre, espérer, chercher un sens ; créer du gratuit.

Les besoins de l’être humain s’expriment parfois dans une demande qui ne sait pas toujours ce qu’elle demande et qui alors doit être décodée.

Si ses besoins véritables sont entendus et comblés, la personne humaine peut véritablement s’épanouir.

Des besoins spirituels

Chaque homme a aussi des besoins qui tiennent à son identité la plus profonde.

Ces besoins ’spirituels’ (sans qu’ils soient obligatoirement religieux) sont, dans ce cadre, une quête de sens toujours inachevée, celle de soi, celle de l’autre... et qui produit du sens.

On peut avancer que les besoins spirituels conscients donnent un éclairage nouveau à tous les autres (et, même, peuvent leur donner un fondement) : ils ne sont donc pas superflus.

LA PRISE DE CONSCIENCE DES BESOINS SPIRITUELS

La vie et ses difficultés, la maladie, la souffrance, la mort... peuvent ensemble ou séparément conduire à la prise de conscience de besoins spirituels : remise en question de soi-même, recherche du sens de la vie et de sa vie, des valeurs, d’une finalité...

L’important est atteint quand on comprend qu’il ne s’agit pas, dans la vie, de donner des explications ou des interprétations. Il faut vivre et montrer à soi, ainsi qu’à l’autre, qu’on existe et qu’on peut s’assumer comme personnes.

La vie et ses difficultés

La vie et ses difficultés (dont la mort) révèlent le caractère inachevé, dispersé et insuffisamment habité de la vie. Je peux à cette occasion évacuer tout ce qui m’encombre (ressentiment, possession...), me détacher et, s’il le faut, renoncer. Je peux aussi décider de reconnaître mes erreurs et essayer de me libérer de mon passé quand il m’oppresse. Mais se libérer, ce n’est pas seulement choisir, c’est aussi accepter lorsqu’on ne peut pas choisir ; c’est encore découvrir sa profonde liberté intérieure.

La maladie

La maladie met le corps en procès. A cette occasion, je peux m’apercevoir que je ne suis pas réduit à mon corps : ma présence au monde est autre.

La parole

Une parole dense (non un vague discours) permet aux interlocuteurs d’exister et d’éprouver la présence de leurs êtres et une intimité : des lieux de parole sont donc importants.

La mort

Pour chacun, la mort est un passage obligé. Répond-elle à une insatisfaction liée à notre humanité présente ?

Il ne s’agit pas de bien mourir mais de bien ’vivre jusqu’au bout’ pour :
- faire le point ;
- remettre de l’harmonie ;
- adopter une perspective plus universelle ;
- se réconcilier

tout en pouvant regretter de quitter le monde

Pour beaucoup, la mort est un passage ; un ’au-delà’ existe. L’espérance fait partie de leur certitude (et n’est-elle pas un besoin spirituel essentiel ?). Dans ce cadre, lâcher prise sans se cramponner à la vie, c’est accepter de perdre ses repères et acquérir la certitude que cette perte ne supprimera pas la conscience qui est au-delà du temps et de l’espace.

LE BILAN

La question-clef est ici : qu’est-ce-que l’homme ? Pour y répondre, il est nécessaire de construire une histoire, la sienne, qui est aussi un récit de venue, d’insertion et de solidarité dans le monde, récit qui contrebalance la perte de la vision de l’immortalité terrestre.

Pour cette recherche, la sincérité personnelle est capitale. Elle fait entrevoir la nécessité d’un apprentissage, celui de l’acceptation de la vérité : il faut consentir au réel avec humilité et le rencontrer en étant responsable. Si l’on constate la vie ou la maladie comme un épisode insensé, ’impossible’, il faudra affronter le naufrage, le non-sens, le drame, la désolation, la peur, l’affolement ou à l’inverse exprimer son espérance, sa foi et ses doutes.

Pour ce bilan, les croyants se mettent sous le regard de Dieu.

VIVRE

Le corps, la pensée, le fait d’être humain peuvent poser des questions à dominante existentielle : la vie est d’abord une expérience personnelle où incarnés dans le monde nous sommes en relation permanente avec lui et avec les autres.

L’homme existant dans le monde est dans l’étonnement et le doute ; il éprouve un sentiment de faiblesse et d’impuissance : car le monde présente un caractère fondamental, l’impermanence.

Un signe ne trompe pas : le monde ne peut contenter l’homme (sauf peut-être certaines relations avec les êtres). C’est dans ce cadre que l’homme peut vouloir être ’sauvé’.

La communication occupe certainement ici une place centrale, car l’homme a le désir d’une ’communication totale’ pour :

- aller au fond des choses ;
- aimer ;
- trouver le repos.

Pourtant cette ’communication totale’ n’est pas immédiate. Il y a moi, les autres, le monde et tout ce que je perçois : je ressens un fossé.

Cet fossé peut néanmoins être largement dépassée quand on prend conscience de l’autre et de son mystère ; il n’est plus alors question de l’enfermer, ni de le posséder mais de l’accueillir dans sa diversité et sa fraîcheur toujours nouvelle. Cette attitude débouche sur une disponibilité et un étonnement face à l’autre, face au monde que cet étonnement soit scientifique, poétique, mystique...

S’INTERROGER

L’homme, au cours des époques, est sorti des mythes pour rentrer dans l’histoire devenue maintenant planétaire et marquée par :
- l’unité de l’homme ;
- les droits et les devoirs de l’homme.

L’histoire est nôtre, elle doit permettre à chacun de devenir un citoyen dans le monde (avec les particularités de son époque) et de ne pas avoir à abdiquer sa dignité.

L’homme essaie de trouver des réponses aux grandes questions qu’il se pose. Il peut à cette occasion accepter l’effondrement de certitudes qu’il croyait solides (mais en fait arbitraires) : c’est s’ouvrir l’espace même de la liberté, c’est un véritable retournement de l’être.

L’homme s’aperçoit alors qu’il est aussi plus qu’il ne peut savoir de lui :
- il ne s’est pas créé lui-même ;
- il se construit avec les autres.

Il peut décider de s’ouvrir au monde et de faire confiance à sa raison critique. Sa conscience lui permet aussi de refuser un arbitraire posé par lui-même ou par d’autres hommes. Car l’arbitraire ne doit pas être érigé en absolu : cela conduit à en faire un faux dieu et à devenir son esclave.

Il doit aussi accepter de rencontrer des limitations ou une part d’inconnaissance - peut-être provisoires.

Pour la science elle-même, l’être humain et le monde restent, par exemple, des mystères, car elle ne sait pas expliquer de nombreux "sauts" (de la matière vers la vie, de la vie vers la conscience, de la conscience vers la pensée...).

LA QUESTION DE DIEU

La question de Dieu est délicate ; c’est à chacun d’y apporter une réponse et personne ne peut le faire à sa place.

"Je vis", "le monde existe", "pourquoi quelque chose et non pas rien ?"... : des faits, des questions qui peuvent poser la question de Dieu.

L’être humain face à la question de Dieu est seul. Personne d’autre que lui ne pourra décider d’engager sa liberté pour y répondre.

Cette question de Dieu, si l’être humain l’approfondit, dévoile en fait que la réflexion sur Dieu diffère de toutes les autres : il faut croire en Lui sans vraiment Le connaître (ce que l’on retrouve aussi, quelque part, dans l’amour humain) : c’est l’acte de foi.

Si "Dieu est", Il est un Mystère et Lui seul peut révéler Son mystère à l’être humain : car l’homme s’aperçoit qu’il ne peut Le percer par ses propres forces.

Si "Dieu est", Dieu doit se manifester à l’homme. L’homme qui s’engage dans la quête de Dieu doit donc être attentif de tout son être :
- à sa vie ;
- au réel ;
- à l’histoire
qu’il se dispose à la rencontre de Dieu ou qu’il chemine avec Lui s’il L’a déjà rencontré.

remarque

La difficulté de la question "prouver ou non l’existence de Dieu" n’est pas tellement dans la question, que dans la définition-même de Dieu.

"Mais pourquoi quelque chose et non pas rien" ?

Il faut se désencombrer pour toucher le coeur ; ne peut subsister, par exemple, que ceci :
- il y a un fondement ultime Dieu et "Dieu est". Cette parole est simple et contient une vérité inépuisable car Dieu n’est pas lié au monde quant à son être ;
- l’homme prend conscience de sa liberté (aussi par rapport au monde), il acquiert la certitude de Dieu : Dieu est présent à son existence et le fait exister.

Si "Dieu est", Dieu n’est pas un simple objet de connaissance, d’étude ou de savoir comme un autre : il faut aussi croire en Lui.

Si "Dieu" est, Dieu doit se manifester à mon existence : Il veut que, dans ma liberté, je devienne moi-même et je dois prendre position par rapport à Lui :
- tu ne Le représenteras pas (pour ne pas te faire une idole) ;
- tu n’auras pas d’autre Dieu (tu te rendrais faussement esclave sinon) ;
- par delà les droits donnés par Dieu, j’accepte des devoirs.

Alors Dieu est le fondement absolu et la source de tout ; la solitude de l’homme est fondamentalement brisée.

L’homme peut décider de se soumettre à Dieu avec reconnaissance et amour : c’est alors que l’homme devient totalement libre. La libération fondamentale à laquelle Dieu invite chaque être humain est celle du souci de se libérer lui-même et de s’épuiser dans une quête où il essaierait de se présenter comme le réalisateur de sa propre identité.

CONCLUSION

Dans sa quête de sens, l’être humain n’est pas seul ; il a été précédé, il sera succédé.

Il peut trouver avantage à se tourner vers le "Trésor" accumulé dans les cultures et l’histoire humaine : en particulier les religions, les traditions anciennes véhiculées par les écoles initiatiques, les philosophies...

Pourtant, sa quête risque d’être insatisfaisante si elle reste lointaine ou seulement intellectuelle ; pour l’approfondir, il faut qu’il décide d’engager plus avant une part de plus en plus importante de son être.